La Fine Équipe, un film et une BO exceptionnels

Il y a beaucoup de talent, d’énergie et de rage dans le film « La Fine Équipe ». Il y a du rap, de la scène, des plans magnifiques, des couleurs, de l’amour et des illusions. C’est un film qui dit beaucoup de choses en parlant peu, finalement, à l’image de l’acteur William Lebghil, dans un rôle de taiseux « lunaire » qui occupe efficacement les petits espaces qu’on veut bien lui laisser, avec une certaine omni-présence et une énergie de marathonien. Un film économe et percutant, porté par une équipe très forte. Une belle réussite, qui sort au cinéma le mercredi 30 novembre (Blue Monday Productions).

Magaly Richard-Serrano, auteur dialoguiste et réalisatrice, a porté ce projet pendant 3 ans. Elle a utilisé une technique d’écriture (en collaboration avec Claude Le Pape) qui consiste à avancer caché, révéler les événements au fur et à mesure, le spectateur est donc emmené sur un fil, dans une histoire qui peut à tout moment basculer. C’est un road-movie déroutant, l’auteur nous bluffe constamment, depuis le titre du film (l’équipe n’est pas si fine, et ne demande qu’à imploser), on passe donc une séance au bord du siège. Tombera, tombera pas, on verra…

Au centre du récit, Stan, rappeuse énergique et colérique, déterminée, incarnée par Annabelle Lengronne, passe son temps à rêver, à ignorer les faits, elle cherche à s’envoler. Problème, le public ne la suit pas, il y a des vrais problèmes, souvent ignorés. Outre le genre musical et la couleur des personnages, il y a là un vrai sujet, celui des illusions, du rêve rendu inaccessible non par manque de talent (car Annabelle assure, écoutez bien la BO, c’est de la bombe), mais par refus des réalités. La vérité est partout, devant Stan: sa banquière (petit rôle bien agréable de Camélia Jordana), son tourneur, son collaborateur passionné, tous lui disent en face ce qui ne va pas. Mais aura-t-elle la lucidité de les écouter, avant qu’il ne soit trop tard ?

« Si je ne peux plus rapper, je préfère le cimetière. »

Bien entendu, le genre musical, c’est le rap, c’est la rage de vaincre, la volonté de réussir envers et contre tout, qui donne un caractère singulier au group Varek, sensation 2011. C’est le verbe en avant, des textes précis, profonds, riches, harmonieux, justes, écrits par Oxmo Puccino. C’est du grand rap, en français, de la littérature chantée, avec un son excellent (composé par Côme Aguiar). Une bande originale singulière et éclectique (avec des titres instrumentaux de Jérôme Bensoussan, 3 titres de Jeanne Added & Vincent Courtois Quartet), disponible en téléchargement digital ici: La fine équipe (Bande originale du film) – Various Artists.

« Demain Stanomenal fera le tour de la terre. »

Il faut rendre hommage au talent et au travail des acteurs-chanteurs, Annabelle Lengronne en tête, à la voix extraordinaire, l’attitude juste. Elle donne vie à un personnage fictif, un garçon manqué dont la voix et l’attitude dans un petit gabarit évoquent un chanteur d’exception, le jeune Michael des Jackson Five des débuts. Annabelle Lengronne réalise le grand écart à plus d’un titre, actrice qui devient rappeuse, avec une telle énergie, une telle hargne dans son flow, à la fois féminine et garçon manqué. Avec Jackee Toto, Ralph Amoussou et l’inimitable Doudou Masta en soutien, le crew est solide, dynamique, cohérent. Authentique. Sur leurs trois titres (« Cataclysmique », « Frères et sœurs » et « Destinée »), on n’entend pas des acteurs qui essaient de faire du rap, mais bien des chanteurs. Des voix complémentaires, chacun sur sa fréquence, Annabelle et Doudou (l’invité idéal pour tout featuring, il a son canal à part) étant bien entendu aux antipodes. Le pari fou, à la fois technique et artistique, est réussi.

« Nous serons les chaînons marquants. »

La fine équipe de Magaly Richard-Serrano, c’est un film riche, drôle et authentique. À partir d’ambitions légitimes (Stan et Omen ont du talent), on vit une aventure originale, sans tricherie. La vie est dure, le succès n’est pas à la portée de tout le monde, beaucoup tombent en essayant de décrocher la lune. Le parcours de Stan et de son groupe Varek pose les bonnes questions, sans excuses, sans faux-semblants. C’est un film brutal, porté par l’optimisme de ses personnages. Une belle leçon d’humilité et de combativité.

« Pour aller jusqu’au bout, pourquoi faire demi-tour, je suis prête et c’est fou, à vous parler d’amour. »

Et la couleur, elle fait du bien, sur nos écrans. La Fine Équipe vous donne rendez-vous dès le 30 novembre, avec le contrat habituel: si on veut plus de diversité au cinéma, il faut faire un triomphe à ce film, car c’est un beau projet, bien mené, qui mérite toute la considération du public. Plus il y aura de monde dans les salles, plus les professionnels du secteur (exploitants de salles, distributeurs et producteurs) s’ouvriront à davantage de productions en couleur. En soutenant ce film (mais également Le Gang des Antillais, qui sort aussi le 30 novembre), on peut se divertir et faire un acte politique.

Et en attendant la sortie, vous pouvez profiter de quelques vidéos des avant-premières, où l’équipe du film était radieuse.

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