Une séance avec Claude Lelouch

Ce n’était pas une avant-première comme les autres, ce premier dimanche de novembre, autour de Claude Lelouch. Le ticket acheté ce jour-là – ou l’invitation pour les relations de relations – était un sésame bien particulier, un passeport pour un voyage unique dans le monde du cinéaste. Le cinéma, c’est toute sa vie. Ce 6 novembre, c’était donc un anniversaire en famille (quelques jours après la date). L’occasion de rencontrer, enfin, en direct et sans artifices, sans distorsion, le vrai Claude Lelouch.

Annoncée à 17h30, la séance a démarré un peu plus tard, dans une certaine agitation. Alors que les simples quidams munis de billets étaient déjà installés, les invités, nombreux, sont entrés au compte-goutte, le temps que tout s’organise. On pouvait ainsi croiser Liane Foly, Jean-Marie Bigard, Christophe Lambert, Zinedine Soualem, Rufus, Elsa Zylberstein et Chantal Ladesou. Des acteurs, des producteurs, des distributeurs. Des gens qui connaissent des gens qui n’ont pas répondu à l’invitation. Et d’autres qui passeront plus tard, saluer le patron entre deux projections (Gérard Darmon, Antoine Duléry, Frank Dubosc…).

Jean-Louis Trintignant et Elsa Zylberstein à l'avant-première de "Un homme et un femme" version restaurée, le dimanche 6 novembre 2016 au cinéma l'Arlequin.

Jean-Louis Trintignant et Elsa Zylberstein

Car effectivement, il y a bien deux projections au programme. D’abord, le documentaire de Philippe Azoulay, Tourner pour vivre, trois ans de la vie de Claude Lelouch, sur plusieurs tournages, de Johnny Hallyday et Sandrine Bonnaire à Jean Dujardin et Elsa Zylberstein. Et ensuite, le film culte, Un homme et une femme, présenté en avant-première dans sa version restaurée avant sa sortie officielle en salles le 16 novembre.

Claude Lelouch fait trois interventions. La première, pour lancer la fête et présenter le réalisateur du documentaire qui lui est consacré. Puis deux autres en compagnie de ses acteurs (Jean-Louis Trintignant, Anouk Aimée et Pierre Barouh), son compositeur (Francis Lay) et sa chanteuse (Nicole Croisille) avant et après la projection du film culte. Des moments forts, que nous partageons avec vous.

Le documentaire de Philippe Azoulay, Tourner pour vivre (2016, 1h55), est édifiant. Un faucon qui disparaît. Une vache qui vêle à point nommé. Des repérages époustouflants. Et des scripts qui évoluent constamment. Un tournage qui se réorganise au jour le jour, selon l’inspiration, les opportunités, les aléas, des équipes habituées à l’inhabituel dans la profession. On apprend à connaître Claude Lelouch dans son œuvre. Une expérience palpitante! Trop, sans doute, les spectateurs oublient le réalisateur, pourtant disponible à l’issue de la projection, pour se précipiter au bar sans poser de questions. Il faut dire que le documentaire répond déjà à tellement de questions, en soi, on peut estimer que la curiosité des admirateurs était largement satisfaite. Et la question qui restait en suspens, c’est à Valérie Perrin, compagne et collaboratrice de Claude Lelouch, que je l’ai posée. Tant pis pour vous, il fallait rester.

Christophe Lambert et Valérie Perrin à l'avant-première de "Un homme et un femme" version restaurée, le dimanche 6 novembre 2016 au cinéma l'Arlequin.

Valérie Perrin et Christophe Lambert

En version restaurée, Un homme et une femme (1966, 1h43) ne fait pas ses cinquante ans. Un film restauré techniquement, certes, mais pas idéalisé, puisque certains plans ont gardé leurs imperfections, comme occasionnellement les poussières à la surface de l’objectif de la caméra. Claude Lelouch n’est pas aussi maniaque que George Lucas (le cinéaste américain refait ses films à chaque réédition, ajoutant des éléments en 3D, rectifiant des détails, au risque parfois de dénaturer son œuvre). On reconnait le thème, familier mais pas lancinant, puisqu’il est joué en différentes versions. On retrouve Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée avec plaisir. C’est comme un tableau classique qui ressort du coffre-fort pour une ultime exposition, on apprécie les retrouvailles. Singulier par nature, devenu culte, il échappe à tout jugement. C’est un chef d’œuvre, tout simplement.

Si l’entre-deux projections est réservé aux interviews média, dans une salle à part, Claude Lelouch se consacre à l’ensemble de ses spectateurs après la seconde projection. Vieux amis, anciens acteurs, admirateurs, le réalisateur leur accorde à tous, sans distinction, toute son attention. Pendant plus d’une heure, il discute, signe des affiches, pose pour des selfies, sans encadrement, sans filtre, inlassablement, debout au milieu de sa foule. Il n’oubliera personne car, comme il l’a dit lui-même ce jour-là, c’est sa vie, ici, au milieu de ses spectateurs. Ses vrais amis, les plus fidèles, avec qui il partage ses œuvres. C’est pour ces moments-là qu’il fait du cinéma.


Un homme et une femme (1966, 1h43) au cinéma le 16 novembre. Écrit et réalisé par Claude Lelouch. Avec Jean-Louis Trintignant, Anouk Aimée, Pierre Barouh, Souad Amidou. Musique de Francis Lai. Sophie Dulac Distribution. Les Films 13 (Production).

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