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L’amour flou – le projet fou de la famille Bohringer-Rebbot

Mettre en scène sa propre vie dans une comédie au cinéma, c’est un exercice délicat. Michel Blanc l’a fait en solitaire avec Grosse Fatigue (1994), avec l’aide de la profession et surtout un binôme de choix (Carole Bouquet). Guillaume Canet a poussé le bouchon plus loin dans l’autodérision en embarquant dans Rock’n’roll (2017) sa compagne, Marion Cotillard, et quelques invités de marque comme Johnny Halliday, Yarol Poupaud et Ben Foster. Dans « L’amour flou », Romane Bohringer installe toute sa famille et celle de son mari, ses amis, sa constellation entière, portant à l’écran l’histoire de sa rupture non-conventionnelle avec inspiration et méthode. Un récit qui s’affiche comme hyper-réaliste mais qui cache intelligemment son jeu.

Si on y croit, c’est d’abord parce que tout est vrai. Les détails, les personnages, les situations vues de très haut, c’est à peu près ça. Et c’est ce qui fait la force du film. Prise sur le ton de la comédie, en bonne mère de famille qui refuse de voir le malheur s’abattre sur les siens, l’aventure de la famille Bohringer-Rebbot est très divertissante. Car si on comprend qu’il y a raz-le-bol et inévitable rupture, on est constamment abreuvé de toutes les bonnes choses qui ont fait le bonheur du couple: l’esprit, la bonne humeur, l’amour. C’est fini, mais qu’est-ce que c’était bien quand ça marchait.

 Le sépartement – le design au service des familles en crise

L’idée centrale du film, c’est d’adapter le logement à la situation familiale. En décidant de vendre leur maison, devenue obsolète, les Bohringer-Rebbot ont trouvé la solution à leur problème de couple tout en permettant à leurs enfants de garder un lien direct avec leurs deux parents. Une manière de consommer la rupture en famille, avec pédagogie. Tout pour éviter la déprime, le coup de blues, le coup de massue. Tout pour se préserver.

La séparation n’est pas une sanction, pas de double peine, pas de vengeance. C’est une fatalité et on la gère au quotidien comme on peut.

Un film de cinéma, pas un déballage public

De la même manière, en choisissant de partager avec le monde entier leur trouvaille, la famille raconte une histoire entière, avec force détails aussi crus qu’attachants. On met les pieds dans le plat, on enfonce les portes de sas toujours ouvertes, mais on reste léger. Pas de misérabilisme, pas de longue tirade sur les défauts de l’autre, quelques piques ici et là mais rien de dramatique. Parce que l’idée n’est pas de laver son linge sale en public, mais de sortir grandis, tous ensemble, de cette expérience. À l’inverse des histoires de trahison et de règlements de compte sur-joués en télé-réalité.

Et en signant leur propre film, en se donnant de jolis rôles, la famille se fait le plus beau des cadeaux: une vraie comédie au cinéma, issue de leur malheur, qui respire le bonheur et l’intelligence. Une belle manière de rebondir à la fois sur le plan personnel et professionnel. Un film entièrement produit par Escazal Films et distribué par Rezo Films, « hors système » selon Céline Sallette, marraine du projet.

Une bonne idée, un bon moment de cinéma, sur une musique guillerette et pleine d’espoir.


L’amour flou, de Romane Bohringer et Philippe Rebbot (2018, 1h37). Avec Romane Bohringer, Philippe Rebbot, Reda Kateb, Clémentine Autain, Delphine Berger Cogniard, Vincent Berger, Brigitte Catillon, Aurélia Petit, Aurélien Chaussade, Aurélien Vernant. Un film produit par Escazal Films, distribué en France par Rezo Films. Sortie au cinéma le 10 Octobre 2018. Crédits photos: Rezo Films – Tous droits réservés.

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