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Le Musée des Merveilles, comte magnifique de Todd Haynes.

Le cinéma est le carrefour des arts, un espace d’expression unique, qui permet bien des approches. Quand il rencontre un objet littéraire unique en son genre, tout est permis. En réalisant un film adapté du livre de Brian Selznick, Wonderstruck, alternant texte et dessins sur 640 pages, Todd Haynes s’attaquait littéralement à un gros morceau. Il signe donc Le Musée des Merveilles, un film long très agréable, touchant, ambitieux, cohérent et parfaitement maîtrisé. Du grand art.

C’est l’histoire Ben et Rose, deux enfants évoluant dans deux époques distinctes, qui souhaitent une vie différente. Brian Selznick ayant signé lui-même l’adaptation de son livre pour le cinéma, c’est lui qui a décidé de rendre à l’écran l’alternance entre texte et images en alternant des séquences de cinéma muet (noir et blanc) dans l’univers de Rose, jeune fille sourde, et cinéma parlant (en couleur) dans l’univers de Ben. Le point commun, c’est New York, où Rose vient à la rencontre d’une actrice mystérieuse qui la passionne, incarnée par Julianne Moore, et Ben recherche un père qu’il n’a jamais connu.

Une histoire compliquée, une rencontre improbable entre deux mondes, deux époques, deux parcours initiatiques, Le Musée des Merveilles est un film exigeant. En mettant en scène une héroïne sourde, Todd Haynes explore tous les angles du medium, tantôt l’immersion (la surdité du personnage vécue à la première personne), tantôt la mise en scène classique, ce qui donne une dynamique singulière au film, une grande originalité avec un sens de l’équilibre parfait. On n’est jamais trop longtemps dans un état ou un autre, on est constamment surpris par le changement de style soudain, c’est très stimulant. Très habilement orchestré, le film est cependant toujours limpide, on comprend tout, on n’est jamais perdu. Déconcerté, bousculé, mais jamais confus. C’est remarquable.

En intégrant le handicap comme n’importe quel trait de caractère des personnages, le réalisateur fait preuve d’une maîtrise ahurissante. Pas de misérabilisme, pas le temps de s’apitoyer, on avance, avec bienveillance et même une certaine grâce. Il tente des situations insolites, des dialogues improbables, en s’appuyant sur des acteurs chevronnés – Julianne Moore resplendissante en actrice des années 30, Cory Michael Smith touchant. Cela produit des scènes étonnantes, captivantes.

On le savait dès la bande-annonce, la musique joue un rôle majeur. Toujours en alternance, entre la musique d’orchestre et les morceaux pop très connus, avec notamment une version sublime de Space Oddity de David Bowie. Une playlist très variée et très plaisante. Des images fortes, des sons originaux, une mise en scène grandiose, un long film très agréable, ambitieux, parfaitement cohérent et maîtrisé. Du grand cinéma.


Le Musée des Merveilles, de Todd Haynes (2017, 1h57). Avec Oakes Fegley, Millicent Simmonds, Julianne Moore, Michelle Williams, Cory Michael Smith, Amy Hargreaves. Film américain produit par Amazon Studios, Killer Films, Cinetic Media, FilmNation Entertainment et Picrow. Distribué en France par Metropolitan FilmExport.

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