The Square, l’expérience sociologique de Ruben Östlund, Palme d’Or à Cannes

Si vous vous demandez encore comment The Square a remporté la Palme d’Or au dernier festival de Cannes, ce n’est pas bien grave. En effet, il est très facile de passer à côté de ce film long (2h22), avec un acteur très connu assez peu présent, un acteur danois moins connu mais très présent, un homme-singe (Terry Notary) et pas mal de subtilité. Un film déroutant, singulier, inspiré, avec une dimension sociologique essentielle. Après tout, la Palme d’Or, c’est rarement un blockbuster grand public.

Claes Bang VS Dominic West

L’acteur archi-connu, c’est Dominic West, qui n’apparait qu’assez peu dans le film, mais avec l’impact désiré. Manipulateur en toge dans 300, enquêteur tenace sur les traces du jeune Hannibal Lecter dans l’Origine du Mal, star de la série The Wire (Sur écoute), l’acteur américain marque les esprits. Mais ce n’est pas le héros du film. C’est Claes Bang, conservateur d’un musée d’art contemporain aux valeurs a priori exemplaires, qui passe entre les mains expertes du réalisateur Ruben Östlund, pour une séance d’expérimentation sociologique. Comment réagit-on face au danger, face à l’adversité, que reste-t-il de notre humanité lorsqu’on est un peu bousculé dans sa petite vie tranquille?

L’après Snow Therapy

Dans son film précédent, Ruben Östlund mettait en scène une famille secouée lors d’un banal séjour dans une station de ski. Famille bourgeoise modèle, heureuse, paisible, jusqu’au moment où un événement déclenche une réaction en chaîne, révélant des failles insoupçonnées. Dans The Square, le réalisateur déplace ses jumelles vers un homme mur, aisé, divorcé, qui trouve son équilibre dans une vie confortable, et qu’un événement précipite dans une crise existentielle.

La question de la solidarité

Au centre du film, une question essentielle: quand se fait-on confiance, quand est-on solidaire? Quand est-ce qu’on se rassemble? Est-ce que la solidarité est la même dans la difficulté, dans la confusion, dans le chaos quand le contrat social n’est pas clairement établi? Ou quand elle est facile, évidente, sans risque, presque mécanique? En montrant le comportement de l’individu, mais aussi du groupe, face au doute, Ruben Östlund fait la différence. C’est tout l’intérêt des différentes scènes, autant d’expériences sociologiques, dans des situations insolites, avec des réactions étranges, rarement convenues, parfois inexplicables et révoltantes. Des scènes qui peuvent se voir soit individuellement, comme des sketches, ou comme faisant partie d’un tout.

Une expérience intéressante, divertissante, originale avec une mise en scène remarquable, des images soignées, des scènes cultes et une bande originale recherchée, forte et stylée, un film clairement inspiré et agréable à regarder, comme si le réalisateur mettait un point d’honneur à rendre la malaise supportable. Un titre phare de Justice (Genesis), la célèbre voix de Bobby McFerrin qui orne le récit par petites touches, des sons techno percutants (Curbi, Amok, Andreas Franck mais également Jon Ekstrand, qui a signé la BO du film Life). Qui a dit que la sociologie devait être ennuyeuse?

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