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Le grand bain: Gilles Lellouche dans la cour des grands

Acteur accompli et très présent devant la caméra (on l’a vu dans L’amour est une fête et on le verra bientôt dans Pupille), Gilles Lellouche a décidé d’écrire et de réaliser son premier film, après des co-réalisations remarquées (Infidèles en 2012, Narco avec Tristan Aurouet en 2003). Après un stage en tant que chanteur de charme pour mariages chez Eric Toledano et Olivier Nakache dans Le sens de la fête, Gilles Lellouche signe aujourd’hui sa propre comédie avec style, stars et sens du rythme. Un coup de maître… ou un coup de poker?

Le casting de luxe… une grande responsabilité

En choisissant un casting de stars, Gilles Lellouche affiche son ambition. Auteur et réalisateur, il se donne les moyens de parler au grand public, dont la réaction sera sans appel: ce sera un grand succès ou un bide total. Le public adhérera ou pas. Dans le lot, il y a des têtes bien connues, notamment les amis de toujours (Guillaume Canet, Benoit Poelvoorde étaient déjà là pour Narco) qui sont également des valeurs sures du cinéma, mais qui nécessitent un soin particulier car justement, on les voit souvent. L’auteur ne pouvait se contenter de réunir autant de talents pour leur faire jouer une partition trop familière. Il fallait que leur présence ait un sens, un petit truc en plus.

Une belle bande de loosers

Non contents de participer à une discipline ridicule sans la moindre ambition, la natation synchronisée masculine en mode gras du bide, chacun des personnages a donc sa manière bien à lui d’être à côté de ses pompes dans la vie. Philippe Katerine est le gentil niais qui ne sert pas à grand chose, Benoit Poelvoorde coule tranquillement son magasin de piscines, Guillaume Canet est un caractériel pessimiste maladif… et ils sont rejoints par un Mathieu Amalric dépressif qui se marginalise gentiment, père de famille au chômage à deux doigts de tout lâcher. Menés par une coach alcoolique et mythomane (Virginie Efira), ils n’ont rien d’exceptionnel et on se demande bien pourquoi on leur consacre un film…

Quand on arrive au fond…

Lors de la préparation de ce film singulier, il y a bien un moment où le porteur de ce projet délirant et pratiquement impossible a du toucher le fond, douter, avant de se ressaisir et d’y croire. Même la consultante technique, Julie Fabre, chorégraphe de l’équipe de France de natation synchronisée féminine, a eu ses doutes. Mais au prix de 7 mois d’entrainement à l’INSEP, à raison d’une à deux séances par semaine (source L’équipe), et avec le concours de doublures pour les plans des jambes hors de l’eau, l’équipe a surmonté ses problèmes (un qui ne savait pas nager, l’autre qui n’aimait pas mettre la tête sous l’eau, on ne dénoncera personne) et le résultat à l’écran, sans être bluffant, se tient parfaitement. On reste dans le quadra en moyenne forme et un ensemble pas très homogène, ce qui rend l’exercice difficile et d’autant plus méritoire.

Et surtout, ça joue !

Une fois le sujet trouvé, les détails techniques a priori réglés, Gilles Lellouche s’est donc lancé dans un grand film avec de belles scènes de jeu, des plans magnifiques, un bien joli ballet de corps et d’émotions dont il a réussi à tirer des moments de grâce et bien sur, des situations comiques. Un projet d’autant plus fou que l’acteur joue beaucoup, il a donc fallu trouver le temps, le courage et la patience pour endosser ce rôle-piège. Il se serait planté, on ne lui en aurait pas voulu, c’est si facile de faire un film moyen, voire un film mauvais. Mais il s’est jeté à l’eau, a travaillé ses dialogues, affuté ses punchlines, et c’est réussi.

Le grand bain, c’est une grande comédie totalement improbable, ambitieuse (faute d’être amphibie) avec non seulement la bande de nageurs où chacun trouve sa place (une caractéristique que l’on retrouve dans les films de Toledano-Nakache), mais également trois très beaux rôles féminins tout en nuances pour Virginie Efira, Leïla Bekhti et Marina Foïs. Un film riche, des situations inattendues, de l’émotion et du rire franc. Mais surtout de très belles images, avec des choix de ralentis inspirés, notamment pour un Philippe Katerine très expressif. Un casting de luxe, donc, qui attirera le public, dont Gilles Lellouche fait très bon usage.

Un grand saut réussi dans la réalisation, qui peut devenir une seconde carrière, si l’auteur parvient à trouver des sujets tout aussi originaux à l’avenir.


Le grand bain, de Gilles Lellouche (2018, 1h58). Avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoit Poelvoorde, Jean-Hugues Anglade, Virginie Efira, Leïla Bekhti, Marina Foîs, Philippe Katerine, Félix Moati, Alban Ivanov, Balasingham Thamilchelvan. Un film produit par Chi-Fou-Mi Productions, Cool Industrie, StudioCanal, TF1 Films Productions, Artémis Productions, Voo, BeTV, RTBF, distribué par StudioCanal. Sortie au cinéma le 24 Octobre 2018. Crédits photos: StudioCanal – Tous droits réservés.

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