Boite noire, le jolie cadeau de Yann Gozlan à Pierre Niney

Déjà familiers depuis leur collaboration pour le film Un homme idéal (2014, 1h37), Pierre Niney et Yann Gozlan se sont retrouvés pour un film très ambitieux, sur un sujet sensible, technique et aux enjeux multiples, Boite noire. Que se passe-t-il lorsqu’un avion s’écrase, au niveau des instances qui enquêtent pour déterminer les causes d’un accident rarissime? Et qui sont ces gens? Quelle est leur motivation? Que se passe-t-il quand les intérêts divergent? Une plongée passionnante dans un monde à part. Le film est sorti au cinéma le 8 septembre 2021.


Un enquêteur à cran

Pierre Niney incarne pour la deuxième fois à l’écran un certain Mathieu Vasseur (homonyme de son rôle dans Un homme idéal, mais qui n’a en fait rien à voir – c’est une fantaisie de Yann Gozlan). Ici, il est acousticien au BEA, le Bureau d’Enquêtes et d’Analyses pour la sécurité de l’aviation civile. C’est un technicien de pointe qui a l’oreille absolue, dont le métier est d’écouter les fichiers audio sortis de la boîte noire d’un appareil après un accident. Une tâche à la fois pointue et sensible, qui requiert une concentration et un sérieux extrêmes, dans des moments de stress, au milieu d’une structure sous pression. Il obéit à une hiérarchie et à ses oreilles, qui n’entendent pas toujours la même chose. Il est donc par nature tiraillé entre ce qu’il entend, ce qu’il comprend, qui s’impose à lui, et les décisions stratégiques et économiques qui le dépassent. Par exemple, lorsqu’il préconise un vol d’essai pour réaliser un enregistrement dans des conditions précises afin de le comparer à la piste audio d’un hélicoptère crashé, il est révolté par le refus de sa hiérarchie, satisfaite des conclusions suite à une première écoute et pas convaincue du bien fondé de donner suite. Le personnage de Mathieu, contraint par son métier à la rigueur, en recherche perpétuelle de vérité, tend vers l’absolu et peine donc à rester connecté la réalité, aux contraintes notamment économiques et humaines. Son refus du compromis l’amène à des extrémités inquiétantes.

Un scénario collaboratif

Pour coucher sur le papier cette histoire passionnante, Yann Gozlan s’est entouré de Simon Moutaïrou (qui avait notamment collaboré avec Yann Gozlan au scénario de Burn out en 2017 et avec Albert Dupontel au scénario de Le vilain, 2009) et Nicolas Bouvet (ingénieur du son pour Demain tout commence en 2016 et monteur son pour Le redoutable en 2017 puis Deux moi, en 2019) avec une participation de Jérémie Guez (co-scénariste et réalisateur de Sons of Philadelphia, 2021). Une grosse équipe qui a su méler à la fois les rapports humains, avec des face-à-face captivants entre Pierre Niney et André Dussollier ou Lou de Laâge, et les enjeux de grandes entités comme le BEA et les grandes entreprises de l’industrie aéronautique, en respectant la gravité des situations dramatiques. Alors que tout est ancré dans le fonctionnement de grandes machines, on est régulièrement amené à voir la place de l’humain, à l’image du pilote recalé lors d’un test et qui exprime sa frustration face à la gestion administrative froide de son échec. L’humain est chahuté au milieu de rouages complexes et risque à tout moment de perdre sa place, ou de perdre son humanité.

Un casting pléthorique

Si Pierre Niney est la tête d’affiche incontournable du film, c’est dans ses rapports avec ses partenaires que réside la richesse de Boite noire. Ils contribuent à la crédibilité générale du scénario, en incarnant des personnages passionnants, complexes, difficiles à percer à jour. André Dussollier, qui n’apparait pas dès le début du film, est une figure d’autorité enigmatique, confrontée à des responsabilités importantes, mais qui reste évasif et succint dans sa communication. L’acteur se fond totalement dans le rôle, qui ne ressemble à aucun de ses rôles précédents, si ce n’est pour l’aplomb et le charisme qu’il dégage – une certaine sévérité dans le regard qui témoigne de la lourdeur des enjeux auxquels son service est confronté, qui rappelle la gravité du père inquiet dans Ne le dis à personne (de Guillaume Canet, 2h11, 2006). Sébastien Pouderoux, Sociétaire de la Comédie Française, représente le secteur privé, son rapport avec Mathieu est troublant, changeant, dès lors que l’enquêteur se révèle accusateur. Des dialogues précis et brillamment mis en scène. Enfin, le couple Niney-De Laâge fonctionne parfaitement.

Entre obsession et paranoïa

Héros malgré lui, Pierre Niney habite le personnage de Mathieu Vasseur avec justesse et profondeur, l’accompagnant dans les affres du doute, ses difficultés avec une hiérarchie froide et sourde, un besoin de vérité qui tourne à l’obsession et le coupe du monde. Comme il est très doué dans sa partie, il est indispensable et très à l’aise, plutôt bien intégré dans son service. Mais c’est aussi un personnage très fragile, qui est remis constamment en question, se compromet, se perd, et dont le spectateur peut être tenté de se désolidariser. Un rôle aux antipodes de l’agent 1001 dans OSS 117, qui rappelle dans son application et son abnégation le personnage de Duval dans La Mécanique de l’ombre (de Thomas Kruithof, 2017, 1h38) interprêté par François Cluzet, et dont le jusqu’au-boutisme le pousse inévitablement au burnout. Un très grand rôle dans un très grand film, qui s’ajoute au parcours déjà réussi et varié de Pierre Niney.


Le réalisateur et son acteur principal étaient venus présenter le film aux spectateurs du cinéma MK2 Quai de Loire le jour de sa sortie en salle.


Boite noire de Yann Gozlan (2021, 2h09). Avec Pierre Niney, Lou de Laâge, André Dussollier, Sébastien Pouderoux, Olivier Rabourdin, Guillaume Marquet, Mehdi Djaadi, Aurélien Recoing, André Marcon et Anne Azoulay. Un film produit par WY Productions, 2425 Production, distribué par StudioCanal. Le film sort au cinéma le 8 septembre 2021.

OncleGil

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