« Le rêve américain » de Bouna et Jérémy, agents français en NBA

Pas facile de réaliser un film sur le sport de haut niveau au cinéma, surtout quand on mélange compétition sportive et compétition en affaires sur plusieurs continents. C’était un défi de taille pour Anthony Marciano, qui avait un sujet en or, qui a réussi à capter l’attention des deux agents dont il souhaitait raconter l’histoire sur grand écran, et qui a obtenu une production de qualité auprès de Gaumont et une distribution parfaite avec deux des acteurs français parmi les plus talentueux du moment, Jean-Pascal Zadi et Raphaël Quenard. Résultat, un film captivant et très divertissant, pile à la bonne taille (ni trop gros, ni trop petit), un ton juste et sans emphase, sans excès. Un film à l’image de ses protagonistes, en somme. Sorti en salles le 18 février 2026, c’est déjà un succès mérité (plus de 228 000 entrées en première semaine).


Photo Mika Cotellon ©2026 ADNP – GAUMONT – FRANCE 2 CINEMA – MJ SPORTS MANAGEMENT

Le basket se mondialise… les agents aussi

Pendant un demi-siècle, le championnat de basket américain (NBA) a été essentiellement occupé par des joueurs nationaux. Mais depuis les années 80, avec la popularité grandissante du basket dans le monde, notamment l’arrivée des légendes professionnelles aux Jeux Olympiques de Barcelone en 1992 (la fameuse Dream Team de Bird, Jordan et Magic), les joueurs du monde entier ont décidé de relever le défi. Dès 2000 à Sydney, alors que les lituaniens ont failli éliminer l’équipe américaine en demi-finale (83-85, ratant le tir de la victoire), les français étaient au rendez-vous en finale, échouant à 10 points de la médaille d’or (75-85). Les prodiges de l’ex-Yougoslavie ont déjà fait carrière (Toni Kukoc à Chicago, Dino Radja à Boston, Vlade Divac aux Lakers, Hornets et Kings). Les français ont commencé à débarquer derrière Boris Diaw, Tony Parker, Rony Turiaf et Nicolas Batum. C’est alors que Bouna Ndiaye et Jérémy Medjana ont tenté leur chance pour devenir agents de joueurs en NBA.


Un film juste et sobre

En se concentrant sur l’humain, particulièrement les rapports entre les deux protagonistes principaux, Bouna et Jérémy, leurs rapports avec les joueurs et leurs familles, Anthony Marciano a su resserrer sa caméra sur l’essentiel, donnant suffisamment d’informations sur les situations pour que le spectateur, qui ne connaît pas spécialement le basket, ne soit pas submergé ni tenu à distance par un discours trop spécialiste. Le réalisateur ne cherche pas faire de vous un spécialiste du basket américain. C’est un film étonnamment accessible et pas tout à fait à la gloire de ses personnages, dont les failles et les difficultés sont explorées avec précision et empathie. C’est le récit d’un rêve, certes, mais c’est surtout une série d’épreuves et d’accidents, un parcours chaotique et presque un film catastrophe. Il en ressort de la drôlerie, du suspens, une évolution des protagonistes, ce qui justifie largement les deux heures du film. Tout n’est pas dit, mais c’est un choix de l’auteur, qui n’a pas cherché à en faire un film d’espionnage ou un exercice pédagogique. Ce n’est pas un documentaire, mais une belle fiction rondement menée, avec des scènes fortes en émotions.

Photo Mika Cotellon ©2026 ADNP – GAUMONT – FRANCE 2 CINEMA – MJ SPORTS MANAGEMENT

Des interprètes sublimes

On connait bien les deux acteurs principaux, puisqu’ils tournent beaucoup et ont chacun leur public. On les reconnait, ils gardent certains tics de jeu et des intonations caractéristiques, mais ils parviennent à se fondre dans leurs personnages respectifs. Raphaël Quenard a failli interpréter Johnny Halliday dans le biopic signé Cédric Jimenez, c’est dire le chemin parcouru par cet acteur au phrasé enchanteur. Il a déjà croisé le chemin de Jean-Pascal Zadi à plusieurs reprises, notamment dans Pourquoi tu souris ? (de Christine Paillard et Chad Chenouga, 1h35, 2024) face à Emmanuelle Devos et L’amour ouf (de Gilles Lellouche, 2h40, 2024), ils étaient également dans Coupez! (de Michel Hazanavicius, 1h52, 2022) et Fumer fait tousser (de Quentin Dupieux, 1h20, 2022). Acteurs très en vue et avec déjà une certaine expérience, ils sont tous les deux passés à la réalisation. Leur collaboration fonctionne parfaitement dans un biopic à la fois intimiste et réaliste, où les galères bien réelles ne sont jamais synonymes de misère. Entre le parcours de leurs personnages et leur propre parcours d’artistes, il y a un parallèle assez évident.

Photo Mika Cotellon ©2026 ADNP – GAUMONT – FRANCE 2 CINEMA – MJ SPORTS MANAGEMENT

Des omissions de taille… mais c’est un film, pas un documentaire

Si l’histoire des deux agents est réputée fidèle à la réalité, dans les bons comme les mauvais moments, certains détails importants ont été mis de côté. De quoi étonner les spécialistes, familiers de l’historique chahuté des franchises dans la draft. Il suffit de voir le reportage sur la draft 2008 de Nicolas Batum et Alexis Ajinça, Destination NBA (de Nicolas de Virieu, 1h20, 2008, disponible en trois parties sur DailyMotion), pour s’en rendre compte. Dans le film d’Anthony Marciano, on voit bien que Batum, annoncé très haut, est finalement drafté à la 25ème place par Houston, dégringolade inattendue qui rappelle leur première expérience ratée avec Didier Mbenga (attendu au premier tour, non-drafté) et on comprend plus tard qu’il joue finalement à Portland. Dans la réalité, les San Antonio Spurs de Tony Parker se tenaient à l’affût pour sélectionner Batum en 26ème position, sans trop y croire cependant; Houston a coupé l’herbe sous le pied de son rival texan, sélectionnant Batum juste avant San Antonio sans aucune intention de le conserver. Également simplifiée, l’entrée en NBA de Rozier, dont le vrai nom est Ronny Turiaf, et qui n’a pas pu jouer immédiatement à cause d’un problème cardiaque, nécessitant une opération, reportant de six mois ses premiers pas sous le maillot des Lakers – une histoire passionnante, peut-être un film à part entière. Dans le biopic, l’auteur a retenu le problème de temps de jeu limité dans une équipe comptant déjà Pau Gasol et Andrew Bynum à l’intérieur, et donc la frustration de Turiaf/Rozier de cirer le banc au lieu de faire ses preuves, et donc la nécessité de trouver du temps de jeu ailleurs par le biais de ses agents.

Au bout du compte, le film d’Anthony Marciano décrit avec conviction des relations humaines fortes, évite les caricatures et les effets faciles, racontant avec ses propres mots une histoire complexe et longue sans en faire trop. Si toute l’histoire n’y est pas, c’est d’une part un choix artistique, pour ne pas perdre le spectateur en détails secondaires, mais également une question d’échelle – pas facile de rendre la démesure de la constellation NBA avec un budget somme toute assez limité (bien inférieur à une comédie de Dany Boon, par exemple). Le film est donc une suite d’épisodes choisis parmi les nombreuses péripéties sur vingt ans de parcours, avec des habiles subterfuges pour reconstituer des scènes marquantes comme le Chicago pre-draft combine (dernier rendez-vous permettant aux joueurs inscrits à la draft de se montrer aux recruteurs sur le terrain) qui n’a évidemment pas été tourné aux États-Unis (les habitués reconnaîtront la salle). Une belle réussite.


Le rêve américain de Anthony Marciano (2h01, 2026). Avec Raphaël Quenard, Jean-Pascal Zadi, Olga Mouak, Tracy Gotoas, Marlise Ngadem Bete, Gabriel Caballero, Yilin Yang. Un film produit par Quad en coproduction avec Gaumont, France 2 Cinéma, Proball Consulting LLC, MJ Sports Management, avec la participation de Disney+, Prime Video, France Télévisions, distribué par Gaumont. Le film est sorti au cinéma le 18 février 2026.

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