Daredevil ou la diabolique présence de Marvel sur Netflix

La révolution sera donc télévisée, finalement. Non content de faire des cartons au cinéma dans le Monde entier, Marvel domine également le marché de la télévision nouvelle génération, via Netflix. Respect du comics original, mise en scène remarquable, images saisissantes et une distribution impeccable. Une série fleuve passionnante, qui devrait ravir les lecteurs de la première heure tout autant que les néophytes. C’est Daredevil, l’un des héros Marvel historiques, qui occupait les pages de Strange en France dans les années 80-90 (Editions Lug, l’éditeur lyonnais) aux côtés d’Iron Man, Spiderman et la Division Alpha (l’équipe de super-héros canadiens).

Aujourd’hui chez Netflix

La méthode est singulière et redoutablement efficace. Au lieu de tenter d’imposer son héros au cinéma au milieu des « gros » d’une écurie encombrée (Spiderman, Iron Man, Captain America, Thor, Hulk…), ou de lutter contre les grands noms de la concurrence (Batman, Superman et toute la Ligue de la Justice de DC Comics), Marvel laisse tranquillement à Daredevil le temps de s’imposer, discrètement, sur Netflix, diffuseur et producteur de la série.

Il faut bien rappeler que le diable rouge a déjà eu sa chance sur le grand écran sous les traits de Ben Affleck avec Jennifer Garner, Collin Farrell, Jon Favreau et la spectaculaire stature de Michael Clarke-Duncan. Un film qui rappelle douloureusement que l’étonnant succès de Marvel au cinéma ne s’est pas réalisé en un jour.

Une approche séduisante

Pas de costume moulant aux couleurs vives, pas d’origine larmoyante pour commencer le film, ni de méchant très méchant qui fait le show et tire sa révérence au bout d’un heure et demie. On a déjà vu ce film trop souvent au cinéma, le destin de Daredevil sera plus subtil. L’origine du personnage (sa cécité, son acuité sensitive, son papa) est distillée par flashbacks évoquant l’adolescence de Matt Murdock, alors que l’on assiste au parcours initiatique du héros adulte confronté au crime organisé. Un héros encore plus réel que le Dark Knight de Christopher Nolan, très très mal barré – il ne dispose ni de gadgets sophistiqués produits par la multinationale familiale, ni de la fortune personnelle de Bruce Wayne.Un équilibriste sans filet à Hell’s Kitchen.

Une approche qui rappelle celle de Gotham, série DC où l’univers de Batman a été a réinventé de manière particulièrement originale. Le format long de la série semble être le moyen idéal pour ce genre d’entreprise – développer un univers entier comme dans un livre, par le récit, la psychologie, des fondations solides et cohérentes. À la différence d’un soap opera, Marvel apporte une matière première riche – des années de bandes dessinées où chaque page contribue de manière significative au récit.

Un héros très discret

Daredevil, c’est l’un des personnages les plus classes de l’univers Marvel. Le Noureev du combat de rue. Un authentique ninja dans un monde de brutes, athlétique et élégant, qui utilise ses capacités extrasensorielles pour donner un maximum de coups sans en prendre, ce qui donne des séries de vignettes magnifiques, des combats remarquablement chorégraphiés. Et qui se traduit à l’écran par des scènes d’action époustouflantes.

C’est aussi le plus sombre, le new-yorkais pauvre qui choisit de rester à Hell’s kitchen pour combattre inlassablement le crime organisé avec ses poings la nuit, son costume et sa canne blanche le jour. Une source inépuisable d’histoires en tous genres, qui risquerait de tourner en rond à la longue… si cet univers ne regorgeait pas de personnages iconoclastes. Sans spoiler, on sait déjà que le Punisseur (ou Punisher si vous préférez) débarque dès la seconde saison sous les traits de Jon Bernthal. Une arrivée fracassante annoncée en grandes pompes. Dans le chaos des bas fonds new-yorkais, s’incruste le plus imprévisible fou furieux jamais inventé – un joker sans maquillage sous caféine avec une affection particulière pour les grosses décharges de plomb.

Et avec lui, arrivent tous les autres. Luke Cage. Iron Fist. Les Defenders. Puis les Inhumains.

Some fights just get you bloody

Mais le personnage qui hante la première saison de Daredevil, remarquablement développé depuis la BD, c’est le parrain du secteur, Wilson Fisk. Incarné par Vincent D’Onofrio, l’extra-terrestre de Men In Black, aperçu dans la série New York, section criminelle, le personnage est tout bonnement méconnaissable. Totalement investi dans ce rôle majeur, l’acteur a non seulement l’épaisseur physique, une présence incontournable, la brutalité à fleur de peau, mais également une profondeur psychologique troublante, qui permet aux auteurs de le livrer à toutes les émotions possibles – du doute à la détermination, de la rage à la fragilité, en boucle. Wilson Fisk, souvent d’humeur égale dans la BD, passe par toutes les couleurs dans la série.

Une adaptation réussie de l’univers de Matt Murdock, défenseur de Hell’s kitchen de jour comme de nuit, dans une ambiance très particulière, propre à la BD signé Frank Miller dans son incarnation la plus sombre. Un héros à part dans l’univers Marvel, promis à un destin compliqué, pour ne pas dire dramatique. Un registre sur mesure pour une série qui s’annonce palpitante.


Daredevil, créé par Drew Goddard (2015). Avec Charlie Cox, Deborah Ann Woll, Elden Henson, Élodie Yung, Rosario Dawson, Jon Bernthal.
Série américaine. Disponible sur Netflix.
3 saisons – 26 épisodes x 52 minutes

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