The Hateful 8, un Tarantino sans reproche

Quentin Tarantino est un grand cinéaste. Sa réputation est faite, pas surfaite, depuis longtemps. Reservoir Dogs, Pulp Fiction, Jackie Brown, Kill Bill. Bam, Bam, Bam, Bam. Que des hits. Aucun miss (Grindhouse, vous voulez dire? Soit…). En allant voir The Hateful Eight, ou Les 8 salopards, si vous insistez, on était donc en confiance. Pas de 3D, pas d’effets numériques, un tournage en 70mm étendu, la Rolls du cinéma pré-digital, une distribution étonnante et sans concession (pas de vieil acteur sur le retour dans les rôles principaux), l’aventure s’annonçait grande.

Tarantino est un artiste, un auteur-réalisateur très clair dans sa démarche, très précis dans son exécution. Il a une idée, il construit son projet, il attend patiemment que chaque étape se réalise, avec une attention particulière au moment du casting. Il écrit les rôles en pensant à des acteurs, dresse pour chaque personnage sa liste par ordre de préférence, et en fonction des disponibilités et du dispositif financier, il finit par trouver le juste équilibre qui lui permet de partir en production.

Si l’une des conditions n’est pas remplie, il annule tout. Avant de trouver Christophe Waltz pour Inglourious Basterds, il était prêt à sortir le script directement en librairie. Il lui fallait un authentique acteur allemand polyglotte, pouvant passer de sa langue maternelle à l’anglais voire même au français avec une certaine aisance, un certain style. Et sur un plateau, c’est le roi. Si votre portable sonne inopinément à tout moment de la journée, même en dehors des prises, il s’en va.

C’est quelqu’un de très sérieux dans son travail, Tarantino. Et jusque-là, cela se voit. Il livre des œuvres fantastiques, intenses, très cohérentes et toujours inattendues. Pour quelqu’un que l’on attend, justement, à chaque sortie, on peut confirmer qu’il ne déçoit pas. Il se surpasse.

Hateful eight est très violent (interdit aux moins de 12 ans avec avertissement, âmes sensibles s’abstenir définitivement). Ce n’est pas une histoire tranquille, ce n’est pas tout public, ce n’est pas Avatar, où James Cameron arrive à raconter des choses dures et poignantes en évitant tout débordement (et toute censure boxofficide).

Malgré cela, le film fait preuve d’une élégance rare, d’un véritable raffinement dans sa construction. C’est peut-être son œuvre la plus aboutie, débarrassée des quelques effets de style un peu lourdingues (une tendance à vouloir faire plus mythique que mythique en usant de petits artifices, des noms frisant la caricature – Pussy Wagon, Aldo Raine). Chaque plan, chaque personnage, est magnifique. Il y a pourtant beaucoup d’acteurs à l’affiche, tout le monde est bien servi, sans heurt, sans concession. Une prouesse.

On les connait bien pourtant, les acteurs favoris de Tarantino. Tim Roth, Samuel L. Jackson, Michael Madsen, c’est une réunion d’anciens combattants de l’écurie QT. On pouvait craindre la redite, le réchauffé, le cliché. Pas du tout. Même pas le moindre clin d’œil, aucun tic de language, aucune reprise, sans doute même le souci de créer pour chacun des situations inédites, des personnages encore un peu différents de tout ce qu’ils ont pu vivre lors de précedentes prestations. C’est donc très bon. Tarantino, qui signe un nouveau western après Django Unchained, ne se répète pas. Kurt Russell, Jennifer Jason Leigh et Bruce Dern sont plus vrais que nature. Walton Goggins, cowboy texan survolté dans Shanghaï Kids et malfrat provincial dans la série Justified, trouve encore ici un personnage singulier. Demian Bichir (nommé pour l’Oscar du meilleur acteur en 2012 pour A better life, et aperçu auparavant dans Savages, d’Oliver Stone) se fond totalement dans ce groupe haut en couleurs. Rien n’est laissé au hasard.

Le tout avec des postiches et coiffures incroyables, une esthétique très poussée pour coller à l’époque d’après-guerre de Sécession (1861-1865), la musique parfois très présente d’Ennio Morricone qui, lui aussi, revisite sans s’auto-plaggier un genre qu’il connait bien et livre une partition forte et originale, qui rappelle des grands moments musicaux du cinéma contemporain (Les Incorruptibles, notamment).

C’est un film très précis, très bien écrit, très bien rythmé, très beau, les 2 heures 40 passent donc très bien, sans pause. Peut-être le type de réussite qu’aurait pu être Kill Bill s’il avait été livré en une fois, au prix d’un montage condensé (sachant que Kill Bill méritait ses deux parties du fait de la diversité et la profusion de situations, la densité du script). Il n’y pas de longueur, pas de gras, que du muscle. Une qualité étonnante pour un très long-métrage, qui mérite sans aucun doute un Oscar.

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