The Deep House, immersion totale dans une maison bien étrange

Pour leur sixième film déjà, les réalisateurs Alexandre Bustillo et Julien Maury ont placé la barre très bas, en profondeur, en situant l’essentiel de l’action dans une maison engloutie au fond d’un lac dans la campagne américaine. Pas juste la cabane au fond des bois, non, mais un grand manoir inquiétant au fond de l’eau, dans les ténèbres aquatiques. En filmant avec une variété de caméras, dont des GoPro, et avec les lumières des lampes de plongée et des leds intégrées aux casques des protagonistes, les créateurs poussent la sensation d’enfermement encore plus loin que jamais. À la peur classique du danger s’ajoute celle du temps qui passe très vite, avec des réserves d’oxygène limitées et la distance qui sépare de la surface, avec la notion de palliers de décompression pour remonter. Chaque pas (ou chaque brasse) à l’intérieur de la maison devient d’autant plus pesant, calculé, car plus on avance, plus il faudra lutter pour revenir en arrière et retrouver la réalité. Cette escapade estivale a priori ludique et charmante devient ainsi rapidement malaisante voire carrément périlleuse. Une bien étrange proposition de cinéma, toute en immersion, littéralement.


Une ambiance suffoquante

Une escapade sous l’eau se calcule, se prépare, et tout imprévu peut poser un problème inquiétant, voire fatal. C’est comme ça que les accidents arrivent et que les gens ne reviennent pas. Dans le contexte d’une sortie classique avec un encadrement chevronné et toute les sécurités possibles, ça peut déjà être stressant. Dans ce film, il s’agit d’un couple de jeunes livrés à eux-mêmes, leur seul guide touristique étant resté à la surface. S’ils savent nager et semblent correctement équipés, ce ne sont pas des athlètes de haut niveau ni des apnéistes de compétition, ils n’ont aucun soutien humain ou logistique, l’essentiel de leur matériel étant fait pour filmer et éclairer. Et ils sont venus explorer un lac loin de tout, sans aucune équipe de secours, aucun moniteur, aucune autre équipe de plongeurs pouvant leur porter secours en cas de défaillance matérielle ou humaine. Avant même de mettre un orteil dans la maison, ils sont déjà mal embarqués. Un peu comme James Franco dans 127 heures (de Danny Boyle, 1h34, 2011) qui était loin de tout, certes, mais à l’air libre – et il suffit de pas grand chose pour que tout bascule.

Un film en petit comité

Aperçue au cinéma dans les films Rock’n Roll (de Guillaume Canet, 2017, 2h03) et dans Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part (d’Arnaud Viard, 2020, 1h29), Camille Rowe (Tina) décroche ici un premier rôle original et particulièrement exigeant, puisqu’essentiellement tourné dans des conditions hors-normes. Sa présence occupe l’écran et les enceintes en permanence, elle est donc exposée aux spectateurs dans ses angoisses sur une très longue durée, et c’est une expérience très réussie. Elle a pour mission d’accrocher le spectateur dès les premières minutes du film, et de les convaincre de rester avec elle tout le long, de s’investir émotionellement. Contrairement à des films de genre plus classiques, où un groupe de jeunes gens rencontre des gros pépins dans un endroit reculé, où chaque spectateur peut s’identifier à l’un(e) ou l’autre des protagonistes, assister au démantèlement du groupe et aux disparitions successives avec plus ou moins de compassion, dans ce film-là il n’y a que deux personnages principaux, ils doivent être d’autant plus convaincants. Une lourde tâche, qui marque la progression fulgurante d’une excellente actrice.

Son compagnon, Ben, est incarné par James Jagger, un acteur new-yorkais d’origine illustre (c’est le fils de Mick). Vidéaste et plongeur chevronné, c’est la présence rassurante du film, qui donne l’impression que tout va de soi, que tout va bien se passer, que cette petite escapade est vraiment le moyen idéal de passer une belle journée d’été. Il est donc à la fois charmant et réaliste, un personnage attachant et crédible, qui justifie la présence du jeune couple dans un environnement quand même carrément hostile, sur le papier. Il donne une telle impression d’assurance, de normalité, il participe en fait à son insu au piège. On le suivrait n’importe où, aucune des mises en garde pourtant assez évidentes (comme la pancarte « défense d’entrer » très explicite) ne semble altérer sa bonne humeur. Et alors même qu’il se comporte de manière totalement irresponsable, faisant notamment confiance à un parfait inconnu (Pierre, joué par Eric Savin), sa mine enjouée et volontaire gomme tous soupçons. Le petit ami idéal.

Le charme de l’ancien – sous la mer

Parenthèse inattendue d’à peine 1h21, le film d’Alexandre Bustillo et Julien Maury est une faille spatio-temporelle rare, où l’on ne s’ennuie pas, où l’on peut se perdre totalement, dans une ambiance immersive époustouflante. Ne cherchez pas à savoir comment ils ont fait, la magie du film réside justement dans l’inconnu, dans le réalisme indiscutable des décors. C’est du cinéma, c’est faux, aucun acteur n’a été blessé ou même inquiété pendant le tournage de ce film, et pourtant, on dirait un documentaire tourné en une seule fois, avec les protagonistes, en temps réel. C’est un film palpitant, étouffant, qui donne l’impression de flotter depuis le siège, sans les désagréments de la plongée (pas mal aux oreilles, pas de décompresssion, et pas de manque d’oxygène). Un film à voir impérativement au cinéma, pour une immersion réussie. Avec boissons et pop corn à volonté, puisque contrairement aux protagonistes, vous, spectateurs, pouvez vous alimenter et respirer à votre guise. N’oubliez pas de respirer, surtout !


The deep house (écrit et réalisé par Alexandre Bustillo et Julien Maury, 2021, 1h21). Avec Camille Rowe, James Jagger et Eric Savin. Un film produit par Radar Films en comproduction Logical Pictures, Apollo Films et Forecast Pictures, distribué en France par Apollo Films. Le film sort au cinéma le 30 juin 2021. Crédits photos: Apollo Films – Tous droits réservés.

OncleGil

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