Lux Æterna, nouvelle surprise de Gaspar Noé

Avec son dernier film, Gaspar Noé s’impose comme un cinéaste libre, qui invite des potes, pose ses caméras et part s’en griller une pendant que Béatrice Dalle et Charlotte Gainsbourg, égéries de la maison Saint-Laurent, échangent leurs expériences de plateaux en improvisation libre, à l’image du projet, décidé sur un coup de tête « généreux ». Deux ans après Climax (2018, 1h33), Gaspar Noé confirme sa préférence pour les films festifs sans formalités administratives. Il propose Lux Æterna, un film de 51 minutes dynamique et fortement déconseillé aux épileptiques.


Toujours un atout dans sa manche

Il y a du beau monde dans Lux Æterna. On retrouve ainsi Karl Glusman, l’acteur de Love (de Gaspar Noé, 2h20, 2015), Claude-Emmanuelle Gajan Maull de Climax, Abbey Lee, aperçue dans The Neon Demon (de Nicolas Winding Refn, 1h58, 2016), Félix Maritaud, révélé dans 120 battements par minute (de Robin Campillo, 2h23, 2017) puis Sauvage (de Camille Vidal-Naquet, 1h39, 2018). La caméra s’attarde évidemment sur les deux superstars, Charlotte Gainsbourg et Béatrice Dalle, qui crèvent l’écran avec une partition minimaliste, parvenant à rendre la moindre péripétie dramatique et captivante – les sollicitations inopinées sur un tournage, que ce soit le cinéaste venant recruter Charlotte, le journaliste qui improvise une interview dans un couloir, participent à une montée en tension et font évoluer les deux actrices comme dans un labyrinthe, avec une vraie sensation de temps réel, comme s’il n’y avait jamais de coupes (il y en a, mais elles sont masquées par le split screen et un montage très précis).

Des solutions pratiques

Se jouant de toutes contraintes (aucune durée ne lui étant imposée), le cinéaste a fait le choix astucieux de compacter son film notamment en montant côte à côte les images de deux à trois caméras sur certaines séquences, profitant ainsi de toute la surface de l’écran pour montrer plusieurs angles, voire plusieurs lieux à la fois, au lieu de tout mettre bout à bout pour en faire un long-métrage classique. D’où les 51 minutes, intenses et plus riches.

Un cinéaste unique

Dans un exercice totalement libre, Gaspar Noé réalise un film à la fois unique et familier, avec sa patte de cinéaste – des ambiances fortes et authentiques, un plateau de tournage au réalisme palpable, une montée en tension inexorable, des images sublimes. Chef d’orchestre du chaos, il montre tout, sous tous les angles, et à part quelques moments ou éléments qui peuvent sonner très faux (notamment l’espion demeuré qui se fait griller par tout le monde, et qui filme avec une enclume), parvient à créer un moment de totale décadence à la fois très fort, très réel, et sans la moindre violence gratuite ou explicite. Un choc visuel, moral, sensoriel, net et sans bavures. Un rare film de Gaspar Noé très regardable, à part pour les personnes épileptiques ou photosensibles. Et un film très court, qui passe donc particulièrement bien – un sens de la concision remarquable, un souci d’efficacité constant dans un montage soigné.

Un Gaspar Noé à partager entre amis, en somme. Et à voir en salles, surtout.



Lux Æterna (de Gaspar Noé, 2020, 51′). Avec Béatrice Dalle, Charlotte Gainsbourg, Felix Maritaud, Abbey Lee, Maxime Ruiz, Yannick Bono, Stefania Cristian, Claude-Emmanuelle Gajan Maull, Fred Cambier et Loup Brankovic. Un film produit par Vixens Films, Saint Laurent, Les Cinémas de la Zone, distribué en France par UFO Distribution et Potemkine Films, à l’international par Wild Bunch. Au cinéma le 23 septembre 2020. Crédits photos: UFO Distribution – Tous droits réservés.

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