DonnyBrook, la misère américaine en action

Le rêve américain n’est pas à la portée de tout le monde, surtout pas quand on est soi-même américain, peu lettré, déconnecté d’un quelconque parcours professionnel et pas favorisé par la vie. Bienvenue dans l’Amérique profonde, celle des cowboys sans pâturages, des routiers sans emploi, où la seule perspective d’ascension sociale passe par l’argent, avec les moyens du bord. Drogue, vol, agression, ce sont les options disponibles pour Earl et sa famille. Et au bout du tunnel, seule planche de salut, un tournoi ouvert aux moins-que-rien, organisé par une ordure, le Donnybrook. Un parcours initiatique lointain cousin de Rocky, sans télévision, sans fard et sans paillettes. Un film dur, sale, qui offre à des acteurs et actrices talentueux(ses) aperçus dans des grosses productions hollywoodiennes un terrain d’expression rare. Une expérience troublante…


L’épreuve de force

Révélé dans Billy Elliot, mais jamais prisonnier de ce premier succès, Jamie Bell n’a pas tardé à s’imposer dans des films très variés. Acolyte facétieux et intense d’Hayden Christensen dans Jumper, où il affronte les yeux dans les yeux un Samuel L. Jackson redoutable, Bell apporte toujours une dureté et une grande sensibilité à ses personnages. C’est lui qui a été choisi pour incarner Tintin dans le projet entièrement numérique de Steven Spielberg, basé sur le procédé de motion-capture. Il apporte au personnage non seulement sa voix, mais également sa présence physique, ses mouvements et ses expressions de visage. Une lourde responsabilité!

Dans Donnybrook, il incarne un ancien marine déterminé à s’en sortir coûte que coûte, il est engagé sur un chemin dont il ne mesure pas vraiment le danger. Et quand il croise le diable en personne, un Frank Grillo froid et intimidant, il esquive, poursuit inlassablement sa quête, quitte à commettre des imprudences. Il a un seul objectif, échapper à sa condition pour garantir à sa famille une vie meilleure, envers et contre tout.

Le diable en personne

Connu dans le monde entier pour ses apparitions régulières chez Marvel dans le rôle de Brock Rumlow (Crossbones), ennemi acharné de Captain América, le super-soldat survitaminé (dans 3 films de 2014 à aujourd’hui), Frank Grillo a désormais une gueule connue, après une longue carrière dans de nombreux films (Minority Report, Warrior, Gangster Squad…) et séries (Blue Blood, Prison Break, The Shield, Les experts, Las Vegas…). Avec son physique à la fois massif et tonique, son regard inquiétant, il apporte au personnage énigmatique de Chainsaw Angus une dimension surnaturelle, presque diabolique. Ancien boxeur reconverti dans le trafic de drogue et diverses embrouilles locales, prédateur en phase avec son environnement, toujours à l’affût, c’est le mal absolu, destiné à poursuivre Earl et à l’empêcher d’atteindre la rédemption.

Quelques grammes de finesse dans un monde d’abrutis

Atout féminin du film, Margaret Qualley poursuit son parcours initiatique à Hollywood, avec un rôle étrange à la mesure de son talent. Explorant les nuances et les silences d’une existence misérable, elle incarne à sa manière la féminité abimée mais déterminée, une forme de résistance sous une apparente résignation. Elle parvient à exister dans un environnement hostile, machiste, glauque et désespérant, entretenant une lueur d’espoir malgré l’emprise familiale déterministe, avec l’absence de perspectives. Une composition étonnante, qui apporte au récit une authenticité, une fragilité et une ambiguité. Sœur d’Angus, elle vit dans le trafic et la violence, y prend goût, mais cherche peut-être encore le salut, un nouveau départ, si l’occasion se présente. En serait-elle capable? Le souhaiterait-elle, le moment venu?

Le jeu de la mort

Si Sylvester Stallone a trouvé la gloire avec un personnage issu d’un milieu modeste parvenant à se hisser au sommet, le parcours de Rocky ressemble à un chemin parsemé de roses en comparaison de Donnybrook. Jarhead Earl ne passera pas à la télévision, il ne chronique pas son parcours sur Instagram ou Twitter, il n’a pas de chaîne youtube. C’est une expérience en totale déconnexion de la société, au fin fond de l’Indiana, à l’abri de la lumière et des paillettes. Un combat dans la boue, à mains nues, sans règles et sans limites, une question de vie et de mort. Le test ultime pour Jamie Bell, poussé dans ses retranchements par un réalisateur exigeant, qui réalise une performance convaincante et originale. Pour son quatrième film, Tim Sutton passe un cap avec un film profond et rugueux, aux images sombres et authentiques. C’est l’Amérique!


Donnybrook (de Tim Sutton, 2020, 1h42). Avec Jamie Bell, Frank Grillo, Margaret Qualley et James Badge Dale. Un film produit par Rumble Films, distribué en France par The Jokers. En VOD le 25 mars 2020. Crédits photos: The Jokers – Tous droits réservés.

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