Deux, l’amour selon Filippo Meneghetti

Pour son premier long-métrage, le réalisateur italien Filippo Meneghetti a choisi une histoire d’amour sincère et intemporelle, mais cachée, et qui bascule lorqu’un événement tragique l’expose au regard des autres. Co-auteur du scénario, porteur d’un projet de longue haleine, il a fait confiance à deux actrices sublimes, Barbara Sukowa et Martine Chevallier, mais également à Léa Drucker. Un triangle de femmes fortes et émouvantes, qui passent par toutes les émotions dans une comédie dramatique palpitante. Un film qui a fait le tour du monde des festivals, recevant notamment le Prix du Public au Festival Premiers Plans d’Angers (2020). « Deux » est sorti au cinéma le 12 février 2020.



Deux femmes inséparables

Vivant sur le même pallier, deux personnes sans âge, Nina et Madeleine, sont à la fois ensemble et séparées. Chacun chez soi, pour les apparences, parce que la société n’est pas prête, parce que les enfants ne savent pas, parce que cette histoire longtemps secrète est ainsi protégée de toute intrusion, de toute complication. Jusqu’au jour où, par la force des choses, et peut-être pas de manière anodine, se pose brutalement la question d’assumer au grand jour cette relation. Pour incarner ces personnages, Filippo Menghetti a choisi Martine Chevallier, de la Comédie Française, immense actrice de théâtre faisant des apparitions régulières au cinéma (Ne le dis à personne en 2006, Chanson douce cette année…), et Barbara Sukowa, actrice allemande au parcours étonnant (Prix d’interprétation à Venise en 1981 à Cannes en 1986 pour Rosa Luxembourg, Meilleure actrice à Montréal en 2008, Meilleure actrice en Allemagne en 1982, 1986 et 2013…). Deux actrices splendides, en phase avec leur temps, qui sont complémentaires en termes de jeu dramatique – apportant chacune une énergie différente.

Léa Drucker au sommet

Habituée aux rôles impactants (une psy débarquant dans un monde de fous dans Le bureau des légendes, un personnage central dans Place Publique, d’Agnès Jaoui), Léa Drucker occupe une place fondamentale dans cette histoire de couple, le troisième élément qui se retrouve en position de force vis-à-vis de sa propre mère, une responsabilité complexe. Un rôle-clé, premier choix du réalisateur dès le début de l’écriture, qui mèle sensiblité, autorité, retenue et humour. Alors que le récit mène au drame, c’est Anne qui apporte une respiration, un doute et finalement une distance par rapport à une situation que la dépasse elle, mais également certaines institutions en apparence bien organisées et convaincantes. Elle incarne tour à tour la fille, la mère, la société (quand elle essaie de comprendre la situation et porte un regard convenu, celui qu’on doit porter) et c’est sa propre évolution, son cheminement, qui fait avancer le récit.

Un réalisateur habité et mesuré

En six ans d’écriture, Filippo Meneghetti a eu le temps de bien connaître ses personnages, totalement inventés mais issus de situations bien réelles, assemblages savamment construits à partir de diverses expériences. Tantôt à distance (il souhaitait parfois filmer depuis une autre pièce), tantôt à fleur de peau, il s’attache à décrire une relation étrange, comme si la passion était altérée par le souci du secret. Au fur et à mesure des révélations, alors que les masques tombent, se pose la question non seulement du regard des autres, mais également du regard sur soi-même, et à quel moment le regard de la société influence sa propre perception de soi. Une véritable partie d’échecs, dont le déroulement fait basculer le film dans le thriller – une histoire à la fois attachante et désespérante, où chaque pion avance en menaçant de tout changer. En jouant sur les silences et l’absence de mouvement, la contrainte permanente, l’auteur réalise la prouesse de transcender l’âge et le sexe, pour se concentrer sur des éléments fondamentaux – l’énergie du désespoir, la résilience, et finalement, inévitablement, l’amour. Une expérience enrichissante et émouvante.


Deux, de Filippo Meneghetti (2019, 1h35). Avec Barbara Sukowa, Martine Chevallier de La Comédie Française, Léa Drucker, Muriel Benazeraf, Jérôme Varanfrain. Un film produit par Paprika Films, en coproduction avec Tarnatula Luxembourg et Artemis Films, distribué en France par Sophie Dulac Distribution. Au cinéma le 12 février 2020. Crédits photos: Sophie Dulac Distribution et Place du Cinéma – Tous droits réservés.

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