Brooklyn Affairs – le second film d’Ed Norton, réalisateur

À 50 ans, Edward Norton est probablement l’un des acteurs les plus intéressants du cinéma américain. Talentueux et travailleur, artiste exigeant, Norton a traversé Hollywood avec de grandes espérances, qu’il réalise tranquillement depuis une trentaire d’années. Après son premier grand rôle dans Peur primale avec Richard Gere (soufflé à Matt Damon, entre autres, alors qu’il n’avait pas d’agent), le mythique Fight Club de David Fincher avec Brad Pitt et Helena Bonham-Carter, celui qui a incarné l’incroyable Hulk avant de quitter brutalement l’Univers Cinématographique Marvel pour s’illustrer dans d’autres grandes productions comme Birdman est désormais des deux côtés de la caméra. Pour sa seconde réalisation, Motherless Brooklyn, Edward Norton s’est donc surpassé. Brooklyn Affairs sort au cinéma le 4 décembre 2019.


Ed Norton, Brooklyn Affairs. ©Warner Bros. 2019

Quand Edward Norton s’engage dans un projet, il se contente rarement de suivre les instructions. Acteur expérimenté, producteur et aussi réalisateur, il a une approche artistique de son métier et des attentes pour chacune de ses prestations, s’attachant ainsi à construire une carrière brillante à la hauteur de son talent, au lieu de se gâcher dans des productions plus faciles juste pour cachetonner. C’est ainsi que s’est achevé sa collaboration avec Marvel, pour des divergences artistiques, comme cela a été le cas d’ailleurs avec d’autres acteurs célèbres comme Mickey Rourke sur Iron Man 2. Il aurait également refusé une participation au prochain Avatar si on ne lui proposait pas un rôle de Na’vi – rôle qu’il aura finalement dans une des suites.

Ed Norton, UGC Les Halles, 17/11/2019. ©PlaceDuCinéma2019

Passionné et dirigiste, artiste toujours plus impliqué, il était destiné à la réalisation. 18 ans après Au nom d’Anna (Keeping the faith, 2000, 2h08), il reprend non seulement un poste devant et derrière la caméra, il est également auteur du scénario, adapté du roman de Jonathan Lethem. Fidèle à ses principes, Edward Norton signe un film ambitieux et authentique, il embarque le spectateur dans le Brooklyn des années 50, une enquête minutieuse pleine d’images et de sons de l’époque, avec une ambition démesurée: un film captivant, intelligent, exigeant de plus de deux heures (2h24 exactement). Une véritable odyssée pour un jeune détective privé atteint du syndrôme de Tourette, lâché sur une affaire qui devrait le dépasser totalement, à mi-chemin entre les honnêtes et modestes gens de la rue et les petites personnes très puissantes des hautes sphères. Un cumul de difficultés impressionnant, fièrement bravées pour réussir une œuvre personnelle, singulière et magnifique.

Ed Norton, UGC Les Halles, 17/11/2019. ©PlaceDuCinéma2019

Un film long comme un grand voyage

En choisissant une intrigue complexe, Edward Norton a multiplié les étapes d’une grand voyage, mais il a également pris le temps de saisir chaque lieu, chaque séquence, de laisser au spectateur le luxe d’en apprécier l’authenticité. On n’entre pas simplement dans un club de jazz, on y séjourne, et il s’y passe des choses palpitantes, parfois même inquiétantes.

Bruce Willis, Brooklyn Affairs. ©Warner Bros. 2019

Une distribution épatante et bien servie

Edward Norton réalisateur accorde à l’évidence la plus grande place aux acteurs, sans s’oublier lui-même – il s’est bien offert le rôle principal. Mais quand il donne la réplique à Bruce Willis, Alec Baldwin, Gugu Mbatha-Raw et Willem Dafoe, mais aussi des rôles plus secondaires comme Chery Jones et Bobby Cannavale (tout aussi remarquables cependant), Edward Norton l’acteur, héros du film, s’efface. Une démarche qui témoigne de la grande classe et de l’aisance du cinéaste-acteur, respecteux de ses pairs qui ne tire jamais la couverture à lui. Ce serait une terrible faute de goût, et on ne l’y prendra pas. Très célèbre, pas inquiet, soucieux de réaliser le meilleur film possible, fil conducteur, il ne cherche pas à se mettre en avant. Même son acolyte de fortune, Ethan Suplee, l’homme de main costaud mais un peu gauche, semble avoir la priorité dans leurs scènes – il ne subit pas le traitement habituel des secondes rôles, avec des plans flous et des cuts en pleine tirade. Ed joue résolument collectif.

Ed Norton, UGC Les Halles, 17/11/2019. ©PlaceDuCinéma2019

Lors de son passage à Paris, l’acteur et réalisateur a présenté son film un dimanche de mi-novembre en fin d’après-midi, après la dispersion des manifestations, au cinéma UGC Les Halles. Lui qui avait récemment imputé la responsabilité de la baisse de fréquentation des cinémas américains aux exploitants eux-mêmes, dont certaines salles offrent un confort relatif et une luminosité bien inférieure aux normes contractuelles lors des projections, n’a pas caché sa satisfaction devant le monumental écran de la salle 10 sur lequel allait être projeté son film. Il s’est fendu d’un « fantastic » avec un grand sourire, une validation qui fait du bien. Une avant-première exceptionnelle organisée par Warner Bros. France, un moment unique pour tout fan de l’acteur du mythique Fight Club, qui vient de fêter ses 20 ans.


Edward Norton est un invité de choix, intarissable sur le cinéma et de nombreux sujets. Voici un recueil de ses passages récents dans diverses émissions, de Joe Rogen à Larry King.











Brooklyn Affairs, de Edward Norton (2019, 2h25). Avec Edward Norton, Bruce Willis, Gugu Mbata-Raw, Alec Baldwin, Willem Dafoe. Un film produit par Classic 5 Films, Warner Bros. Pictures et MWM Studios, distribué en France par Warner Bros. France. Au cinéma le 04 décembre 2019. Crédits photos: Warner Bros. et Place du Cinéma – Tous droits réservés.

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