Yves, la lumière vient du frigo

Jérem (William Lebghil) est un artiste « en devenir » qui passe ses jours à looser et ses nuits à mixer des chansons sans doute trop personnelles pour devenir, encore, des tubes. Un bel exemple pour la jeunesse. Managé par Dimitri (Philippe Katerine), il ne voit pas le bout du tunnel jusqu’à l’arrivée d’un frigo, livré par So (Doria Tillier), qui va changer sa vie. Un frigo qui, dans la réalité, a monté les marches du dernier Festival de Cannes. C’est dire s’il sait se placer. Yves, de Benoit Forgeard, au cinéma le 26 juin 2019.


Le bon album sera le prochain

Écrit et réalisé par Benoit Forgeard, ambiancé par Bertrand Burgalat, Yves est un film carrément personnel. Comique involontaire à la limite du pathétique, le personnage de Jérem avance cependant avec conviction et fait de belles rencontres. Il s’éprend de So, l’accompagnatrice du fameux frigo, incarnée par la sublime Doria Tillier. Et entend bien ne pas se laisser envahir par la technologie, assumant pleinement sa propre médiocrité, mais avant tout son humanité et sa sincérité.


Carrément rien à branler

Et pourtant, ce frigo a du génie. Non content de prendre la main sur les commandes et tenter d’assainir la vie de son hôte, il propose également de remixer ses chansons. Alors se pose la question philosophie: faut-il céder à la tentation du succès en vendant son âme à l’intelligence artificielle et à l’autotune, ou rester soi-même au risque de passer à côté de la gloire?

Avec sa triplette d’acteurs confirmés, Benoit Forgeard propose une comédie très originale à la photo sublime signée Thomas Favel et une musique particulièrement inspirée. Un authentique Ovni bâti sur un scénario abouti.

L’énergie de Will I AM Lebghil

Jeune acteur déjà confirmé dans de nombreux films, récemment Cherchez la femme (de Sou Abadi, 1h28, 2017) avec Camélia Jordana et Félix Moati (actuellement visible sur OCS), mais également Première année (de Thomas Lilti, 1h32, 2018) face à Vincent Lacoste, William Lebghil a depuis longtemps dépassé son image d’individu sympathique et un peu lunaire, pour ajouter une dimension dramatique. Il enfile aujourd’hui la casquette de rappeur amateur en difficulté, dont la vie est changée par la présence d’un frigo connecté qui s’immisce de manière inattendue et dérangeante dans sa vie. Il assuma avec aplomb de longues scènes de dialogue avec ledit frigo, avant de donner la réplique à Doria Tillier et Philippe Katerine. Une présence indéniable, avec une large palette d’émotions, allant du comique involontaire (la dédicace ratée) au cynisme inquiétant (le massacre de l’éclair). Un jeune homme attachant et plein d’avenir qui visiblement ne recule devant aucun défi.

La grâce de Doria Tillier

Après des rôles importants dans Monsieur et Madame Adelman (co-écrit avec Nicolas Bedos, 2h00, 2017) et Le Jeu de Fred Cavayé (1h30, 2018), Doria Tillier fait une belle carrière au cinéma. Elle incarne ici avec grâce, intelligence et nuances une présence féminine fondamentale dans une histoire loufoque. Elle apporte un peu de sérieux et de profondeur, rendant crédibles certaines situations délicates – mais pas toutes. Un challenge de taille, relevé avec brio.

Un pari réussi

Même si les idées totalement surréalistes dépassent parfois le cadre d’une production française déjà ambitieuse, on peut convenir sans regrets que Benoit Forgeard a réussi son pari. Il réalise un film fou, aux limites de l’excès, avec toutefois une certaine retenue – on sent bien qu’il pourrait partir encore bien plus loin, s’il suivait certaines pistes. Une comédie originale, exigeante, bien pensée, bien rythmée, avec une direction d’acteurs impeccable. Une authentique réussite, bien barrée, dont on espère qu’elle trouvera son public.

Toute l’équipe du film (ou presque) était présente à l’avant-première parisienne, la veille de la sortie, au cinéma UGC Les Halles.


Le son Tricatel

La bande originale vient de sortir en numérique et en CD sous le label Tricatel. Musique originale signée Bertrand Burgalat, chansons originales rap de MIM Audio, Tortoz et Jean Guy, avec les voix de William Lebghil, Antoine Gouy, Philippe Katerine, Arthur Navellou, Ornette TheGirl et Thomas de Pourquery. Côté technique, Hervé Bouétard, Stephane Salvi, Yuksek, le Bulgarian Symphony Orchestra – SIF 309, Melodium Studio, Besco Recording Studio et Stephane Lumbroso à la console.


Yves, de Benoit Forgeard (1h47, 2019). Avec William Lebghil, Doria Tillier, Philippe Katerine, Alka Balbir, Antoine Gouy, Darius, Ugo Savary. Un film produit par Ecce Films, distribué par Le Pacte. Sortie au cinéma le 26 juin 2019. Crédits photos: Le Pacte – Tous droits réservés.

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