Imparable John Wick (3)

Avec John Wick, premier du nom, Keanu Reeves avait tourné la page Matrix et imposé avec le réalisateur Chad Stahelski un nouveau style de film d’action avec sa chorégraphie propre – le gun fu. Un film unique en son genre, qui n’était cependant que la première pierre d’un édifice en construction. Avec John Wick: Parabellum, déjà le troisième film d’une belle série, l’univers étendu prend forme et le mystère s’épaissit. Digne successeur des deux premiers films, ce nouvel épisode secoue dès les premières minutes… préparez-vous à une guerre sans merci. Le film sort au cinéma le 22 mai 2019, avec une grande soirée d’avant-premières dans de nombreuses salles de cinéma le vendredi 17 mai.


Priorité au feu

En général, l’arme à feu est destinée au combat de loin; plus on s’approche de sa cible, plus on descend en gamme. Un « professionnel » comme Léon (Luc Besson, 1994, 1h43) privilégie le couteau. Chuck Norris utilise ses poings et ses pieds. John Wick se sert de tout, ses mains, ses pieds, sa tête, mais également tout ce qui passe à portée de main, du crayon à la voiture, en passant par tout ce qui bouge.

Avec le premier film, Chad Stahelski innovait en présentant un personnage au style unique intégrant la poudre au combat rapproché: John Wick ne désarme jamais, il tire à bout portant comme il donne des claques. En mission face à des cohortes d’ennemis, à la manière de Tom Cruise dans Collateral (Michael Mann, 2004, 2h00), John Wick expédie ses victimes ad patres directement, sans passer par la case hospitalière, il privilégie donc naturellement le plomb. C’est l’as du carnage.

Une nouvelle dimension

Alors que le second film reprenait essentiellement les concepts du précédent, creusant un sillon familier avec le même thème musical, de l’emphase (une longue conclusion comme un chemin de croix) et certaines redites (le monologue de Peter Stormare reprenant mot pour mot les propos de Michael Nyqvist du premier épisode), il levait habilement le voile sur le milieu, les activités de l’hôtel Continental de New York et à l’international, mais également les nombreuses petites mains très occupées (avec Common dans le rôle de Cassian et Ruby Rose dans le rôle d’Ares). Le crime paye, tant qu’on respecte bien l’autorité et les règles de la profession.

Un troisième volet ambitieux

Très attendu, ce troisième film tient toutes ses promesses. Condamné à la surenchère, avec l’annonce d’un contrat record sur la tête du plus dangereux des freelances, cette montée en puissance se fait toutefois dans la subtilité, l’originalité et l’humour, mais surtout dans la continuité de l’histoire. Des scènes magnifiques, des décors fabuleux, des plans et des chorégraphies encore et toujours inédites, une réinvention permanente qui ferait presque penser à un jeu vidéo, par sa profusion et son rythme, mais pas visuellement car il n’y a pas de routine. Condensé d’action pure, le récit se poursuit avec un John Wick en grand danger, qui se trouve dans des situations insolites (notamment un duel de légende avec le gargantuesque Boban Marjanović, bien connu des fans de basket américain).

Un monde finalement bien fragile

Alors que John Wick est excommunié pour avoir enfreint une règle fondamentale du Continental, déchu de ses privilèges et avec un contrat pharaonique sur sa tête, il bénéficie cependant d’un traitement de faveur qui pose question – Perkins, pour une transgression similaire, avait été exécutée sans sommation dans le premier épisode. Alors que les règles du milieu sont fondamentales et immuables, il y a désormais une forme de terreur qui défie la raison et provoque le doute, même chez les professionnels les plus chevronnés. Dans un monde très fermé, au code très arrêté, transpire un sentiment de révolte, la tentation de la désobéissance.

On rejoint ainsi la thématique de Matrix. Ces règles, censées nous différencier des animaux, garantissent une forme de civilisation et d’ordre; mais si on les observe trop froidement ou trop aveuglément, systématiquement, on perd toute capacité de discernement et donc, notre humanité – on devient des machines. Comment savoir, dès lors, si on est discipliné à bon escient, pour l’ordre et l’équité, ou si l’on est tout simplement prévisible, docile, manipulable et peut-être, in fine, au service d’un complot parfaitement organisé?

Une distribution de haute volée

Après la retraite anticipée de Willem Dafoe (disparu dans le premier épisode), on retrouve les habitués du Continental, le directeur Ian McShane et l’hôte d’accueil Lance Reddick, ainsi que le roi de l’underground new-yorkais low-tech, Lawrence Fishburne. On découvre de vieilles connaissances, l’énigmatique Anjelica Huston et une Halle Berry fatale, accompagnée de ses deux chiens aguerris, des rôles importants et prestigieux, ainsi que Mark Dacascos (Crying Freeman, 1995), magistral.

Si tu veux la paix, prépare la guerre

Pour se glisser dans la peau de son personnage et accompagner Keanu Reeves dans cette aventure hors-normes, Halle Berry a suivi un entrainement spécifique intense, détaillé dans la vidéo ci-dessous. Un passage obligé pour incarner une grande professionnelle, habituée aux exigences du métier.


Parabellum, un coup de maître

Au lieu de se reposer sur le succès des premiers films, évitant le piège de l’autosatisfaction, son propre mythe, Chad Stahelski use de l’art du contre-pied pour désorienter son public et le surprendre. Alors qu’on navigue dans un univers familier après déjà deux films, rien n’est vraiment acquis, tout peut basculer à tout moment. Et en utilisant des chevaux, des chiens, en provoquant des situations parfois à la limite du grotesque, le réalisateur prend des risques sans perdre la maîtrise de son film, en se permettant des prouesses esthétiques, à la fois dans la composition des plans, dans la chorégraphie des combats et les mouvements de caméra. Un festival de formes et de couleurs, en perpétuel

Très élégant, très varié, avec un montage impeccable et un scénario recherché, John Wick: Parabellum est une belle claque, un film très réussi qui dépasse largement les espérances.


John Wick Parabellum, de Chad Stahelski (2019, 2h11). Avec Keanu Reeves, Halle Berry, Anjelica Huston, Asia Kate Dillon, Mark Dacascos, Ian McShane, Common, Lawrence Fishburne. Un film produit par Lionsgate, distribué en France par Metropolitan FilmExport. Sortie au cinéma le 22 mai 2019. Crédits photos: Metropolitan FilmExport – Tous droits réservés.

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