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Break, derrière la danse, le cœur

La danse, particulièrement street dance, est un spectacle très apprécié au cinéma comme à la scène. Entre performance athlétique individuelle et chorégraphie de groupe très précise et très technique, c’est un art qui inspire de nombreux projets, aussi bien dans des films thématiques étrangers souvent affublés de titres désastreux en traversant l’Atlantique (Center stage de Nicolas Hytner, 1h43, 2000, devenu Danse ta vie ou Step up d’Anne Fletcher révélant Channing Tatum et Jenna Dewan, 1h43, 2006, devenu Sexy Dance) ou pour accompagner un récit (quelques scènes emblématiques de C’est tout pour moi, de et avec Nawell Madani, 1h43, 2017). Si la danse est bien centrale dans Break (Marc Fouchard, 1h36, 2018), la présence de Sabrina Ouazani apporte une dimension dramatique déterminante. De la danse et beaucoup d’émotions…

Après 8 mois d’entrainement particulièrement intenses, un investissement personnel phénoménal pour coller au rôle qu’elle a « obtenu en se battant », selon ses propres dires, il serait mal venu de dire à Sabrina Ouazani que la danse n’est pas l’aspect le plus important du film. Et ce ne serait pas faire justice aux nombreuses séquences très spectaculaires, à la chorégraphie soignée, précise, bref, au grand talent et au travail collectif d’une belle troupe de danseurs sous la direction de Sim’Hamed Benhalima (dit Arlequino, créateur de la compagnie Drive avec Kevin Mischel) et sous l’œil expert du réalisateur Marc Fouchard, breakdancer lui-même, qui signe ici son premier long-métrage.

Bien entendu, la danse à très haut niveau occupe une grande partie de la vie du danseur. Et la difficulté pour un cinéaste, c’est de trouver soit le danseur qui sait aussi jouer la comédie, soit le comédien qui sait danser. Pour son couple de danseurs, Marc Fouchard a choisi les deux: une comédienne de grand talent, Sabrina Ouazani, qui s’est hissée à la force des poignets au niveau de danse requis pour le rôle; et un danseur chevronné, Kevin Mischel, qui a dû faire ses preuves en tant que comédien. C’est l’alchimie entre les deux comédiens qui aurait convaincu le réalisateur lors des essais; il ne s’est pas trompé.

Avec une mise en scène qui donne la priorité absolue à la danse, Marc Fouchard signe un film magnifique, faisant rebondir les corps et les émotions dans un tourbillon ahurissant, mêlant régulièrement le récit et la chorégraphie, quitte à effacer les dialogues – notamment pendant l’audition, moment crucial où il se passe bien des choses. C’est haletant, captivant, parfois brutal et la montée en émotion tout au long du film est particulièrement réussie.

En allant chercher un rôle complexe et aussi exigeant physiquement, dans un type de production loin des sentiers battus, bien moins évident que les comédies traditionnelles, Sabrina Ouazani prouve qu’elle n’a peur de rien. Elle relève le défi avec grâce et élégance, la tête haute. Une performance remarquable. Kevin Mischel fait éclater son grand talent au grand jour, avec une présence impressionnante, à la fois physiquement (des scènes de danse grâcieuses et percutantes) et dans son interprétation – un concours d’intensité avec sa partenaire, qui ne manque pourtant pas de caractère. Des rôles intéressants, profonds, avec des histoires compliquées, des moments de vie authentiques et électriques.

Pour sa première réalisation en long-métrage, Marc Fouchard propose une histoire riche en rebondissements et en émotions tout en donnant toute sa place à la grâce des danseurs, c’est un projet ambitieux porté par des comédiens de grand talent, un moment de cinéma à la fois très visuel et intelligent, qui ne tombe pas dans les clichés. Une belle réussite.


Break, de Marc Fouchard (2018, 1h36). Avec Sabrina Ouazani, Kevin Mischel, Hassam Ghancy, Slimane, Maxime Pambet, Camille Japy, Christophe Reymond, Stella Fenouillet, Meda Minyaoui, Salomon AzaroUne production Nynamor Films et Screen Runner, en coproduction avec SND, distribuée par SND. Sortie au cinéma le 18 juillet 2018.
Crédits photos: SND.

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