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Cruise30 #3: La couleur de l’argent

Avant même la sortie de Top Gun en salles, Tom Cruise travaille déjà sur son prochain film, La couleur de l’argent. Il y rencontre Paul Newman, acteur de légende, et Martin Scorcese, un cinéaste majeur, ayant alors à son actif des films comme Mean streets (1973), Taxi Driver (1976) et Raging Bull (1980). C’est un tournant dans la carrière de Tom Cruise, qui lui ouvrira les portes pour approcher des monstres sacrés comme Jack Nicholson et Dustin Hoffman, mais également des cinéastes comme Oliver Stone, Stanley Kubrick et Brian de Palma. Avec La couleur de l’argent, Tom Cruise entre dans la cour des grands. Paul Newman remporte l’Oscar du meilleur acteur (1987).

Le jeu du 9

Le jeu pratiqué dans le film est le 9, variante du billard américain avec un nombre réduit de boules sur le tapis (9 au lieu de 15), disposées en losange au début de la partie. Il faut empocher les boules dans l’ordre croissant, de 1 à 9, mais la partie s’arrête dès que la 9, gagnante, est empochée même par ricochet – ce qui peut arriver dès le coup d’envoi, à la casse. C’est un jeu très ouvert et ludique, qui peut aller très vite. Il n’est pas rare de faire une partie blanche, c’est-à-dire d’empocher toutes les boules y compris la 9 sans donner la main à l’adversaire.

L’excellence, à l’écran et dans la pratique

Ancienne gloire du billard à la retraite, Eddie Felson gagne sa vie en vendant de l’alcool et sponsorise des joueurs de billard plus jeunes. Après avoir vu jouer Vincent, qui plume son joueur sous ses yeux, il décide de se remettre en selle. L’envie de jouer, mais surtout de plumer son adversaire, est trop forte. Car il ne s’agit pas simplement de bien jouer au billard: la spécialité d’Eddie Felson, c’est de connaître son adversaire, de l’appâter en lui faisant croire qu’il peut gagner et de lui faire perdre son argent.

Alors que Paul Newman reprend un rôle familier après L’arnaqueur (1961), dans lequel il exécutait déjà la majorité des coups, Tom Cruise doit s’entrainer pendant des mois sous la gouverne d’un ancien champion, Mike Siegel, pour pouvoir jouer lui aussi comme un as et faciliter un tournage particulièrement technique. Par exemple, pour un plan séquence à 360° au cours duquel le jeune Vincent doit empocher toutes les boules l’une après l’autre sans interruption, il a fallu 18 prises pour bien tout régler et obtenir la prise parfaite – sachant que Cruise a réussi la partie parfaite à 17 reprises, ne manquant qu’une seule fois son coup. C’est dire le niveau d’exigence de cette production, et surtout le niveau atteint par Tom Cruise, particulièrement appliqué.

Parfois, gagner, c’est perdre

Alors que Vincent joue pour le plaisir, même s’il ne rechigne pas à empocher les gains de ses paris, Eddie veut lui apprendre à utiliser son talent avec méthode. Au lieu d’écraser ses adversaires de manière spectaculaire et de se forger une réputation d’excellence, au risque de décourager toute concurrence, le jeune prodige doit apprendre à lever le pied, quitte à perdre quelques parties sans importance afin de laisser croire à ses adversaires que la victoire est envisageable. Quitte même à se faire passer pour un débutant, une cible facile pour les parieurs, les amener à jouer de plus en plus gros et faire tourner la chance au moment opportun, lorsque l’enjeu en vaut la peine. Gagner ne suffit pas, il faut gagner gros. Et donc jouer intelligemment.

C’est une stratégie diabolique, qui se heurte toutefois à la sensibilité du jeune Vincent, soucieux de faire ses preuves face aux pointures qu’il rencontre. Alors qu’il faut faire profil bas et se montrer en difficulté lors de parties suivies de près par les concurrents potentiels, Vincent est tenté de montrer son véritable niveau. Le business du billard lui pèse, le privant du plaisir du jeu pur et surtout de la victoire.

Deux frères et un étranger

Nombreuses sont les techniques et mises en scène qui permettent d’influencer les paris autour d’une table de billard. Par de savants subterfuges, Eddie Felson intéresse davantage de parieurs et fait monter les mises, optimisant le rendement des parties gagnées par son poulain. Il monte des arnaques, de telle manière que l’argent coule à flot, toujours dans la bonne direction, sans toutefois éveiller les soupçons ni provoquer la colère des perdants. En jouant finement, les perdants sont persuadés qu’ils auraient pu gagner, mais que le sort en a voulu autrement.

Mais un tel exercice demande de la concentration et une parfaite maîtrise de ses émotions, une grande lucidité, sous peine de devenir la victime d’un autre spécialiste plus rusé. Car Eddie Felson n’est pas le seul arnaqueur à rôder dans les salles de billard.

C’est un jeu dans le jeu, devenu populaire dans le monde entier avec la diffusion du film.

Cet article fait partie du cycle #Cruise30 – Tom Cruise en 30 films.


La couleur de l’argent, de Martin Scorcese (1987, 1h59). Avec Tom Cruise, Paul Newman, Mary Elizabeth Mastrantonio, John Turturro, Forest Whitaker, Helen Shaver, Bill Cobbs, Bruce A. YoungUne production Silver Screen Partners II et Touchstone Pictures. Sortie au cinéma le 11 mars 1987.

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