Découverte En salles 

Barbara par Balibar par Amalric… le chef d’œuvre imbriqué

Qui dit biopic dit calque, histoire déjà connue, soit on connait et on veut reconnaître, soit on ne connait pas et c’est la surprise. Rejouer une histoire connue est un exercice difficile au cinéma. Mathieu Amalric a hérité d’un projet avec une chanteuse déjà bien engagés. Cadeau ou pas cadeau, il en profite pour signer une œuvre singulière, le bon biopic qui a le bon goût de ne pas en être un… Un film passionnant. Découverte.

Au prime abord, si on ne connait rien ni à Barbara, ni à Balibar, ni à Amalric, on peut être décontenancé face à Barbara par Balibar par Amalric (dans cet ordre). C’est Barbara, mais ce n’est pas elle. Elle n’est plus là, mais elle est partout. Entre images d’archives authentiques, sons originaux, images imitant l’archive, sons nouveaux, mise en scène d’un metteur en scène qui refuse de rester en dehors de son propre film, si vous ne suivez pas, c’est fichu. Il faut prendre le train à l’heure, se concentrer un peu, puis se laisser envoûter par la légende, toujours vivante.

La trouvaille de Barbara par Amalric, c’est de parvenir à faire vivre Barbara l’artiste, son chant, son personnage, ses humeurs, de très près, en permettant à Jeanne Balibar de se fondre totalement dans le rôle, avec de longs passages émouvants, entrecoupés de respirations. Ce n’est pas une longue playlist, c’est une véritable histoire, la quête d’un fan de Barbara de la première heure, dont la vie a été marquée par l’artiste, et qui cherche à travers son projet de film une sorte de rapport ultime à sa passion. Il le reconnait, faire un film sur Barbara ou sur lui-même, c’est la même chose. Ce personnage symbolise parfaitement l’engouement du public pour une artiste, il dérange parfois, car il est excessif, omniprésent, et cela agace même son actrice.

C’est un pari réussi, parvenir en 2017 à faire entendre Barbara dans les salles de cinéma en évitant la nostalgie, la tristesse, l’écrasement sous le poids du mythe, en racontant une aventure qui évoque l’artiste, qui la sublime, sans même tenter de l’imiter ou de prendre sa place comme on le fait traditionnellement dans un biopic. Jeanne Balibar ne prétend pas être Barbara, elle se contente de marcher sur ses traces, de jouer un rôle. Libérée de la mascarade, Jeanne Balibar est entière, elle-même, sublime. C’est un cadeau de Mathieu Amalric aussi bien à Barbara et à Balibar, les deux artistes coexistent dans une œuvre remarquable. Se tutoient. Et fusionnent.

En sortant de la salle, le spectateur encore enivré peut aller vers deux univers. Celui de Barbara, à revisiter via les archives de youtube, ses albums, les nombreuses traces de sa carrière illustre. Et celui de Balibar, ses albums, ses tournées (en écoute sur Deezer).


Barbara (1h37, 2017). De Mathieu Amalric, avec Jeanne Balibar, Mathieu Amalric, Vincent Peirani, Aurore Clément, Grégoire Colin.

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