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Alien Covenant – Marathon Alien (Le Grand Rex, 8 mai 2017)

En 2017, un film peut se regarder dans n’importe quelles conditions, même un très mauvais film. Sur un smartphone, un ordinateur, même avec des enceintes internes sans caisson de basse, l’image et le son sont tellement optimisés que cela rend toujours mieux qu’une cassette VHS sur une télévision 36 cm, comme la plupart des moins jeunes d’entre nous ont découvert le divertissement dans leur jeunesse. Un progrès incontestable.

Mais rien ne vaut une bonne salle de cinéma avec un écran de plusieurs mètres de haut, un son ample et riche, un siège confortable et aucune distraction, pour découvrir un film comme Alien Covenant. Et même s’il y a concours, peu de salles offrent une expérience proche de celle du Grand Rex, avec son écran Grand Large monumental, son ciel étoilé et son public de 1700 âmes expertes, qui savent applaudir très haut et très fort quand il y a matière, mais se taisent religieusement pendant la projection (c’en est même flippant, autant de monde en silence). Des conditions de rêve, dans le cadre d’un marathon bien réglé, avec 3 films en guise d’introduction et une avant-première.

C’était le Marathon Alien, le 8 mai 2017.

Au programme, le premier Alien (1979) de Ridley Scott à l’image propre mais péniblement étirée et ne couvrant pas totalement le majestueux écran, suivi du spectaculaire Aliens (1986) de James Cameron, un retour aux origines avec Prometheus (2012), le fameux « préquel » audacieux et imparfait signant le retour de Ridley Scott à son œuvre, aux images proprement époustouflantes et enfin, la suite tant attendue, second volet des origines, Alien Covenant, présenté en avant-première exclusive.

Une progression intéressante, aussi bien en termes de qualité d’image, de recherche visuelle, proportionnelle aux moyens, à l’évolution des technologies et l’appétit grandissant de l’auteur pour les détails esthétiques, mais également en termes de mise en scène et d’action. En effet, le premier Alien devenu culte conserve ses grandes qualités, mais c’est bien le second volet signé Cameron qui fait référence par sa démesure et son action haletante, avec des scènes d’anthologie et des concepts inégalés – parmi lesquels la fameuse reine Alien et Ripley transformée en Rambo de l’espace. Avec Prometheus, Ridley Scott enrichit considérablement son univers, proposant une théorie de l’évolution singulière, avec des créateurs à la fois évolués et diaboliques, des créatures plus surprenantes, des phénomènes incroyables et des situations folles en conséquence. Un film qui part un peu dans tous les sens, avec des personnages curieux et des dialogues improbables, une mise en scène pas toujours juste, mais qui a le mérite d’être extrêmement ambitieux et abouti. Prometheus a divisé, laissé le public un peu sur sa faim, mais quand même médusé par les quelques scènes qui amènent au final étonnant.

Avec Alien Covenant, Ridley Scott conclut l’exercice de haute voltige entrepris avec Prometheus et retombe sur ses pieds de manière magistrale. Corrigeant à peu près tous les défauts de mise en scène que l’on pouvait lui reprocher dans son film précédent, l’auteur utilise toute sa palette pour réaliser un second chapitre parfaitement maîtrisé, cohérent, diabolique et efficace. Y compris un emprunt à la 7ème compagnie, la botte secrète de Pithivier (incarné par Jean Lefebvre), le fameux « j’ai glissé, chef » qui autorise des rebondissements inattendus.

Et c’est beau. Riche, précis, recherché, un chef d’œuvre à la fois visuel et conceptuel, des bonnes idées rondement menées.

Un casting excellent, avec l’éternel jeune premier, Michael Fassbender, remarquablement employé dans un rôle de cyborg pourtant déjà largement visité lors des épisodes précédents (Ian Holm et Lance Henriksen), créant encore la surprise avec une histoire captivante. Et des détails, de la science, de la philosophie, de l’art, une réflexion particulièrement juste et aboutie, un hymne singulier et audacieux à la fois à la création et la destruction, massive. Un grand délire qui confine au génie.

C’est donc officiel, Ridley Scott, souvent élevé sur un piédestal pour services rendus, parfois lointains (ce première Alien dont personne ne se remet vraiment, avec pas mal de nostalgie), n’a pas volé sa réputation. Avec cette trajectoire corrigée, un film très réussi à voir et à revoir, on frémit à l’idée qu’une suite, encore, est déjà en préparation. 

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